Une grille de rémunération pour cadres et dirigeants basée sur les actions entreprises en faveur de l’environnement, ça vous paraît loufoque ? Et pourtant, plusieurs entreprises ont décidé de prendre des mesures fortes pour lutter contre le réchauffement climatique…

Recyclage en entreprise - Paris Défense Courbevoie

Le bureau, source importante de pollution

Il est maintenant reconnu scientifiquement que l’espèce humaine, pour espérer survivre dans de bonnes conditions, doit contenir le réchauffement climatique en dessous des 3 degrés fatidiques.
Dans cette course à la réduction de nos émissions carbone, les entreprises ont un rôle essentiel à jouer : en effet, étant donné qu’une grande partie de la population mondiale passe la majorité de son temps au travail, il paraît logique que le volume de déchets généré par les entreprises soit conséquent. Pour couronner le tout, certaines entreprises sont polluantes de part leur activité (notamment les entreprises minières, pétrolières etc…). Il est donc capital que les entreprises rejoignent les efforts des ménages et institutions en matière de réduction des émissions.

Des dirigeants sous pression

Et si la meilleure façon de faire réagir radicalement les entreprises venait… de plus haut (par exemple du haut des tours de Paris La Défense :-)) ? En effet, les dernières années ont été marquées par des prises de conscience écologiques. D’abord sous forme d’un cri d’alarme de la communauté scientifique, rapidement relayé par les médias puis par des groupes de citoyens inquiets.

Il n’a fallu que quelques années pour que ce soit au tour des plus grosses entreprises mondiales de se rendre compte des risques d’une possible augmentation des températures terrestres. Peu à peu, de grands acteurs de la sphère économique se mettent au vert, provoquant des regains de popularité auprès du public ou bien… des tollés publicitaires. Leur communication et plans « durables » ayant plutôt un goût de greenwashing. Pour rappel, le greenwashing correspond à une communication à orientation écologique de la part d’une entreprise, sans réel impact sur ses émissions carbone et activités délétères. Un exemple connu fut celui de la refonte du logo de la célèbre chaîne de fast-food américaine « McDonald », passant d’un fond rouge à un fond vert, sans pour autant modifier ses recettes, en grande partie élaborées à partir de viande rouge (de bœuf, viande ayant le plus d’impact environnemental).

Cependant, il serait extrêmement réducteur d’assimiler ces changements de cap – avérés ou non – de la part des entreprises. Tout d’abord car les règles du jeu commencent à changer en amont. En effet, les institutions nationales, internationales ainsi que les plus gros fonds d’investissement mondiaux exercent une pression conséquente sur les entreprises (peu visible au niveau du grand public) afin d’assainir leurs chaînes de valeur.  Le succès d’organisations d’échelle mondiale comme le CDP (Carbon Disclosure Project) créé en 2002 est un témoignage vivant de la volonté du milieu entrepreneurial, économique et financier de rejoindre la lutte globale contre le réchauffement climatique.

Le Carbon Disclosure Project, un pas en avant pour l’action des entreprises en faveur de l’environnement

Le CDP est une organisation à but non lucratif britannique qui œuvre en tant qu’intermédiaire entre institutions de toute taille (villes, départements, régions, pays), investisseurs et entreprises. Pour faire simple, le CDP encourage et favorise la transmission de données liées aux émissions carbone d’entreprises et de territoires, quelle que soit la taille. A partir de ces données, des rapports mensuels et annuels sont publiés, afin d’orienter les politiques d’investissement de grands fonds au niveau mondial. L’année 2018 fut donc une bonne année en termes d’efforts de la part de grosses entreprises. Le rapport annuel du CDP fait ainsi état de 849 entreprises européennes (parmi les plus importantes, représentant ¾ de la capitalisation boursière européenne du continent) ayant entrepris des actions concrètes afin de réduire leurs émissions.

La conclusion du rapport est édifiante : près de la moitié de ces acteurs géants européens ont adopté des grilles de rémunération pour leurs dirigeants et cadres, basées sur l’efficacité environnementale et la prise de décisions réduisant le bilan carbone. Mieux, 90% des entreprises interrogées sont catégoriques sur le fait que le réchauffement climatique va profondément transformer le paysage économique, offrant de nouvelles opportunités commerciales mais également une demande pour des biens durables, plus responsables et produits de manière plus locale. Peut-être enfin un remède pour concilier écologie et business ?

Le rapport souligne en revanche l’écart de plus en plus important qui se creuse entre les entreprises qui souhaitent mettre en œuvre des plans de réduction de leurs émissions et les autres. Il y a du progrès, mais peut mieux faire.

On vous laisse sur une note positive : en 2018, les réductions de gaz à effet de serre des entreprises en Europe ont été équivalentes aux émissions annuelles de l’Autriche. Pas mal, non ?